Analyse détaillée de l'incipit de L'Étranger
Annonce de la mort de la mère (lignes 1-3)
Le roman s'ouvre sur une confusion temporelle qui reflète l'état d'esprit du protagoniste. Meursault semble incertain de la date exacte du décès de sa mère, ce qui peut être interprété de deux manières : soit il est sous le choc et perd la notion du temps, soit il est indifférent à l'événement.
Quote: "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas."
Cette phrase d'ouverture, devenue célèbre, illustre parfaitement le style simple et direct de Camus, proche du télégramme. L'absence de présentation des personnages ou de cadre spatio-temporel détaillé contribue à créer une atmosphère d'étrangeté et de détachement.
Highlight: L'absence de sentiments exprimés par Meursault face à la mort de sa mère est un élément clé de l'incipit de L'Étranger.
Les préparatifs du voyage (lignes 4-11)
Dans cette section, Camus introduit enfin quelques éléments de cadre spatio-temporel, mais sans approfondir la caractérisation du personnage principal. L'utilisation de verbes au futur pour décrire les plans de Meursault suggère une planification froide et méthodique.
Example: "Je prendrai l'autobus à deux heures et j'arriverai dans l'après-midi."
Cette approche peut être interprétée de deux façons : soit Meursault cherche à terminer rapidement les formalités, soit cette planification lui permet de garder son sang-froid face à la situation. Le texte révèle également que Meursault semble satisfait d'avoir une raison valable de s'absenter du travail, ce qui souligne son détachement émotionnel.
Highlight: La répétition de certaines questions dans l'esprit de Meursault renforce l'impression d'un personnage déconnecté de la gravité de la situation.
Un récit décalé par rapport aux faits (lignes 13-17)
Cette partie de l'incipit de L'Étranger se caractérise par une absence de liens logiques entre les phrases et les étapes de la journée de Meursault. Cette structure narrative désorientante peut être interprétée comme le reflet d'un état de choc, mais paradoxalement, Meursault semble maintenir ses habitudes comme si la situation était normale.
Quote: "J'ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d'habitude."
Le texte mentionne les émotions des proches de Meursault, mais les siennes restent indiscernables. Cette juxtaposition accentue l'étrangeté du personnage principal.
Le voyage (lignes 18-21)
La dernière partie de l'extrait se concentre sur le voyage de Meursault. Camus utilise une énumération de sensations et de détails précis qui semblent justifier l'assoupissement du personnage. Bien que des sentiments soient évoqués, on ne perçoit toujours pas d'émotion profonde chez Meursault.
Example: "J'ai couru pour ne pas manquer le départ."
Le refus de Meursault de parler au militaire pendant le voyage peut être interprété de deux manières : soit comme un signe de son asociabilité, soit comme une manifestation de sa tristesse trop profonde pour être exprimée.
En conclusion, cet incipit de L'Étranger présente un personnage déroutant, dépourvu d'émotions apparentes et semblant incapable d'utiliser les codes sociaux habituels. Meursault apparaît comme un anti-héros, un étranger à la société, justifiant ainsi le titre du roman. Cette introduction pose les bases du genre littéraire de L'Étranger d'Albert Camus, mêlant absurde et critique sociale.