Progression du voyage poétique
La deuxième strophe s'ouvre sur une interrogation ("Quoi donc se sent?") qui traduit la confusion des sens du voyageur. La syntaxe heurtée et les éléments personnifiés ("L'avoine siffle", "Un buisson gifle") créent une impression de désorientation. Les sonorités en [k] et [s] imitent le sifflement du train en marche.
Dans la troisième strophe, Verlaine observe : "Plutôt des bouges/Que des maisons./Quels horizons/De forges rouges!" L'utilisation de phrases nominales sans verbe ni sujet efface la présence humaine, laissant le paysage industriel prendre toute la place avec ses lueurs rougeoyantes.
La quatrième strophe reprend l'interrogation initiale avec une légère variation : "On sent donc quoi?/Des gares tonnent,/Les yeux s'étonnent,/Où Charleroi?" Cette répétition crée un effet de boucle, comme si le voyageur était pris dans un tourbillon sensoriel. Verlaine semble expérimenter une forme de synesthésie, ce trouble qui mélange les perceptions sensorielles.
💡 En 1872, la même année où Verlaine compose "Charleroi", Claude Monet peint "Impression, soleil levant" - deux œuvres qui captent des impressions fugaces plutôt que des représentations exactes.