Des valeurs humanistes idéales
L'abbaye défend une conception optimiste de la nature humaine, fondée sur la conviction que les personnes bien éduquées tendent naturellement vers le bien. Rabelais précise que "les gens libres, bien nés, bien éduqués" possèdent "un instinct et un aiguillon" qui les pousse vers la vertu et les détourne du vice.
Cette philosophie s'oppose directement au modèle répressif incarné par la Sorbonne. Rabelais critique l'assujettissement en affirmant que lorsque les humains "sont abaissés ... sous le joug de la servitude", ils cherchent à s'en libérer. Il énonce une vérité psychologique fondamentale : "nous entreprenons toujours des actions défendues".
À Thélème règne une harmonie collective parfaite où l'individu s'épanouit pleinement au sein de la communauté. Si "l'un disait 'buvons', tous buvaient; si un autre disait 'jouons', tous jouaient". Cette cohésion n'est pas imposée mais découle naturellement de l'éducation noble reçue par tous.
🌟 L'éducation à Thélème est complète et engage tous les sens : "qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer ...". Ce modèle incarne l'idéal antique d'un "esprit sain dans un corps sain".
L'amour comme accomplissement ultime
L'amour représente l'aboutissement idéal de la vie des Thélémites. Quand vient le temps de quitter l'abbaye, chaque homme "emmenait avec lui sa dame" et "ils étaient mariés ensemble", incarnant ainsi la liberté de choix jusqu'au mariage.
La relation amoureuse s'inscrit dans une progression constante où la qualité de la relation ne cesse de s'améliorer avec le temps. Rabelais affirme qu'ils "continuaient de la sorte, et encore mieux d'ailleurs, pendant leur mariage".
Le modèle amoureux thélémite célèbre la constance et la fidélité, créant une symétrie parfaite dans le temps : ils "s'entraimaient-ils à la fin de leurs jours autant qu'au premier jour de leurs noces". L'amour devient ainsi l'expression ultime de la liberté et de l'épanouissement personnel.