La mort de Manon : analyse d'un dénouement tragique
Le roman Manon Lescaut de l'Abbé Prévost s'inscrit dans le mouvement des Lumières tout en annonçant déjà le courant de la sensibilité par la place importante accordée aux passions. L'œuvre, septième tome des "Mémoires et Aventures d'un homme de qualité", fut jugée si scandaleuse qu'elle fut condamnée au bûcher avant d'être rééditée en 1753.
La scène de l'enterrement de Manon Lescaut constitue l'explicit parfait du roman. Ce passage remplit pleinement sa fonction en répondant aux questions soulevées au début du récit et en marquant l'évolution des personnages. Des Grieux et Manon passent de la vie dissipée parisienne à l'exil américain, puis à la rédemption finale.
Le récit se structure en trois mouvements : l'annonce du malheur attendu, la mort de Manon Lescaut proprement dite, et le destin sombre de des Grieux après la disparition de son amante. Le narrateur emploie divers procédés narratifs comme l'hypotypose et les adresses directes au lecteur pour renforcer le pathos de la scène.
💡 Cette scène s'inscrit dans une tradition littéraire : le topos de la mort tragique de l'héroïne éponyme, qu'on retrouve également dans "Paul et Virginie" de Bernardin de Saint Pierre ou, dans un registre plus satirique, avec Emma Bovary chez Flaubert.
La conclusion de Manon Lescaut porte une dimension morale en condamnant la vie dissipée de Manon et la passion excessive de des Grieux. Cependant, par sa force pathétique, ce passage transcende la simple leçon pour élever ces personnages marginaux au rang de véritables héros tragiques, bouleversant ainsi la hiérarchie traditionnelle des genres littéraires.