Le poème complet
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;
Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assoupit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,
Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Te dira: « Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts? »
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.
Ce sonnet parfait mélange technique poétique et émotion brute - exactement ce qui fait la force des Fleurs du Mal !