La métamorphose et le triomphe de l'art
Le poète poursuit sa description en transformant la décomposition en processus créatif. La charogne devient spectacle de vie avec ses "noirs bataillons de larves" qui "montait comme une vague", créant le paradoxe absolu d'un "cadavre vivant" qui produit une "étrange musique".
Cette alchimie poétique atteint son apogée quand la charogne se métamorphose en œuvre d'art : "Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, une ébauche lente à venir". Le cadavre devient ainsi une toile que l'artiste complète "seulement par le souvenir". Baudelaire se réfère à lui-même qui, par sa poésie, sublime l'ignoble.
La fin du poème apporte un tournant provocateur quand le poète s'adresse à sa bien-aimée : "Et pourtant vous serez semblable à cette ordure". Cette apostrophe lyrique ("ô ma beauté") insiste sur la beauté tout en la confrontant à sa fin inévitable, mêlant amour et mort de façon inséparable.
Le triomphe final du poète se manifeste dans les derniers vers : "j'ai gardé la forme et l'essence divine de mes amours décomposés". L'artiste affirme ainsi sa supériorité sur la nature et la mort - le poème survivra, contrairement à la femme représentée.
Astuce de lecture : Remarquez comment Baudelaire utilise des verbes au futur ("vous serez") pour rendre la mort certaine mais transforme cette fatalité en victoire de l'art. C'est un memento mori (rappel de la mort) qui devient célébration de la création.